Publié depuis Eklablog
Je me souviens il y a quelques mois, de cette soirée, quand je l'ai ramenée à la maison, c'est là, après trois whiskies, que j'ai découvert toute la fulgurance, la violence de son âme, quand Elle m'a dit que je ne pouvais pas l'aimer. Que personne ne le pouvait. Elle m'a dit qu'elle n'était qu'une plaie ouverte que le sel d'un océan noir ne cesserait de ronger. Et c'est là, pendant le souffle qui suivit l'explosion de son cœur, que je l'ai embrassée. Il n'y avait rien de terrifiant ou d'inaccessible, et c'est à ce moment-là, lorsque mes lèvres ont pressé les siennes, que j'ai eu la vision d'une union qui, malgré l'apparence brutale et émotionnelle, apporterait lumière et paix intérieure. Sans vraiment savoir à ct instant, à quel point j'étais loin du compte.
Aujourd'hui il lui manquait quelque chose, ou plutôt quelque chose s'en était allé. Depuis quelques temps maintenant, je ne percevais plus ces brumes noires qui noyaient son regard alors ravagé, je ne sentais quasiment plus les palpitations infectées de ses cicatrices séculaires, je ne captais plus que difficilement ses déchirants tremblements d'âme. Elle avait réussi à faire de ses tempêtes sombres et glacées, des pluies d'été légères et enivrantes, recousu des plaies aux pétales soyeux des marguerites, Elle avait pansé son cœur et son âme à la lumière de ces éclats de soi, et quand bien même je n'y étais pas étranger, c'était la force de son être qui avait rendu cela possible.
Elle avait été magnifique, fragile et urgente à aimer, Elle est devenue magique, sublime et irrémédiablement éternelle. Et je sais que quelque part au fond d'Elle, lui reste encore la braise de ce passif déstructuré, poignant et malgré tout si beau, mais c'est elle le fondement de notre histoire, et je ferai tout pour garder la chaleur de cet amour fou.
Le souvenir des ombres - Jean Roadisi.
