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Publié depuis Eklablog

Publié le par OursduForez63

 

 

 

 

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" C'est un vilain spectacle que celui d'un homme armé, qui sévit, contre une bête sans défense. L'effort, succède à l'effort. Les fouets, en lanière de cuir, je les croyais proscrits, par ordre, commencent leur office. L'argile jaune fait ventouse sous le char, suce les sabots, et la scène, protégée des regards par la haute palissade, prend son caractère traditionnel de bruyant supplice. Impuissants, vernissés de sueur, les barres saignantes, les beaux chevaux de trait éperdus endurent tout ce que la créature humaine, ignorante de l'animal, ignorante du métier qu'elle prétend exercer, invente. C'est jeudi, si j'ai bonne mémoire, que le départ du tombereau plein, coûta deux heures pleines et l'épuisement de deux chevaux.  Deux mètres cubes de pierres s'en allèrent, au pas, vers une destination inconnue,  du moins, leur conducteur, las d'avoir donné de la voix et du fouet, ne dépassa pas tout de suite le premier débit de boissons. C'est un vilain spectacle que celui d'un homme armé, qui sévit, contre une bête sans défense.

L'immobilité du passant que sa curiosité retient auprès d'un camion trop chargé, constitue une des immoralités de la rue. L'homme n'a droit au repos devant l'animal travailleur que si d'effort normal de son serviteur donne des fruits normaux. Je n'aime plus, dans mon quartier couronné de lilas, que des marchés éveillent, deux fois la semaine, nos placettes provinciales. Nos murs que débordent le cytise et le paulownia. Car ces verdures, comestibles, carottes sanguines et patates rosées, rhubarbes au pied incarnadin, car ces viandes parées, toutes ces richesses de gueule, toutes ces mangeailles chères, je sais qu'elles arrivent au pas lent, découragé de vivre, d'attelages réclamés par l'abattoir. D'où vient la cruelle indifférence du patron, commerçant prospère, maraîcher qu'enrichit son jardin ou acheteur aux Halles, pour son employé à quatre pieds ? Ce ne sont qu'ânes bourrus, jamais pansés, que chevaux nourris de peu. Des bâches dissimulent, mais je les soulève, la déchéance des bidets pendant qu'ils broient une pitance où le grain d'avoine est comme le raisin dans le pudding, et se reposent d'une jambe sur l'autre. Un chien parfois rêve sous l'arche de leur ventre. Cheval et chien n'attendent rien de leur maître, que son retour. Mais ils vous diraient que c'est déjà beaucoup. Ils le voient revenir, plein de cris, mystérieux, animé d'un caprice indiscernable. Ils écoutent le son qu'il rend, ils regardent à ses yeux la couleur de l'heure, prêts à le subir, non à le fuir. Seul, l'homme châtié est capable de fuir l'homme, et de le haïr".

 

 Colette

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