Publié depuis Eklablog
Mais un homme, mon mari, m'avait enseigné que l'art de gouverner sa vie se résume en quelques mots : "savoir ce que l'on veut." Rien de plus malaisé. Il y a ce que l'on croit vouloir-en ce qui me concerne à l'époque, préserver ce que j'avais de beauté, vivre femme et rien que femme, goûter aux innocents plaisirs dont j'avais été, jusque-là, frustrée... Et il y a l’inaccessible : être à la fois jeune et sage, vieillissante et désirable, engagée dans l'action et vacante, libre de tous biens matériels et en mesure de dépenser sans trop réfléchir, respectée et non respectable, seule et non isolée, maternelle et créatrice (chacun peut poursuivre la liste pour son compte)-et il faut parvenir à distinguer l'inaccessible du très difficilement accessible, pour y viser tout de même. Il y a les périodes où la volonté de vivre s'éteint, et où l'on ne veut rien, rien.
Contre ce que l'on croit vouloir, tout l'être inconscient lutte sournoisement. On devient alors champ de bataille et, quand les contradictions sont trop fortes, névrosé.
Histoire d'une femme libre de Françoise Giroud.