Publié depuis Eklablog

Monologue nounoursien
Tu vois Nounours, je profite de l’instant pour déguster la musique du silence.
Tu as remarqué, d’habitude tu es à droite, là tu es à gauche de moi. Ça change les perspectives. Tu as raison, ce n’est pas important, mais j’aime bien, ma main gauche te fait un câlin. Bon d’accord, ce n’est pas fondamental.
Tu sais l’étrange étrangeté du moment ? Non ? Bien vois-tu, je m’interroge sur le fait de continuer à écrire pour papier relié. Oui, c’est mieux de dire livre. Reste que formuler le mot donne un sens définitif à l’histoire et justement c’est là que mon étrange étrangeté tisse le fil de mon esprit Shadock. J’ai repris mon manuscrit alors que je me questionne sur l’idée de poursuivre et le pire dans tout ça… non, le pire n’est pas là…
Pourquoi écrire des manuscrits qui deviendront, si tout va bien, livres alors que cela n’intéresse pas grand monde. Tu vois, logiquement, j’aurais dû mettre un point d’interrogation. Sauf que je ne m’interroge plus, je constate donc le point est à sa place. Une commande de livres en trois mois, il n’y a pas besoin de s’interroger, c’est un constat et il est rude.
La solution est, peut-être, de créer des étagères rien que pour mon stock qui dort. Tu imagines le truc, une bibliothèque garnie que de mes livres qui ne trouvent pas de lecteur. L’avantage est la facilité de classement, mais quel ennui !
Tu dis ?
Ah non ! Je ne vais pas répondre à ta question. C’est dérangeant de faire plus que de le penser.
Tu as remarqué que Général Hiver s’amuse avec Dame Printemps. Les deux coquins ne se rendent pas compte du chaud et froid qu’ils nous imposent. Si tu ajoutes à ça la pleine lune qui est en approche. Mes hémisphères frôlent l’overdose de n’importe quoi.
Quoi ?
Oui, je sais. Je change de sujet. Franchement, ça intéresse qui une vieille qui écrit des histoires sans intérêt ? Comme si ça ne suffisait pas, le monde virtuel d’un jouvenceau américain attardé coincé me fait les gros yeux parce que j’ose parler de féminité sensuelle. Tu imagines le truc, le patriarcat deux points zéro : madame vous êtes une femelle dangereuse, nous allons bouter hors de notre réseau vos propos outranciers !
Nounours, il fait un peu frisquet sur la plage, je vais rentrer. Tu viens avec moi ?
Kristine Lillouarn