Publié depuis Eklablog

Je vous demande seulement de l’indulgence pour les réponses. Elles vous laisseront peut-être souvent les mains vides, car, au fond, et précisément pour l’essentiel, nous sommes indiciblement seuls.
Vivez quelque temps dans ces livres, apprenez-y ce qui vaut, selon vous, d’être appris ; mais surtout aimez-les. Cet amour vous sera mille et mille fois rendu, et quoi que devienne votre vie, il traversera, j’en suis certain, le tissu de votre être, comme une fibre essentielle, mêlée à celles de vos propres épreuves, de vos déceptions et de vos joies.
Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère.
Croyez seulement en un amour, qui vous est gardé comme un bien d’héritage. Soyez certain qu’il y a dans cet amour une force, une bénédiction qui peuvent vous accompagner, aussi loin que vous alliez.
Si vous sentez qu’alors votre solitude est grande, réjouissez-vous-en. Dites-vous bien : Que serait une solitude qui ne serait pas une grande solitude ? La solitude est une : elle est par essence grande et lourde à porter.
Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.
Il est bon d’être seul parce que la solitude est difficile. Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir.
L’amour, c’est l’occasion unique de mûrir, de prendre forme, de devenir soi-même un monde pour l’amour de l’être aimé. C’est une haute exigence, une ambition sans limite, qui fait de celui qui aime un élu qu’appelle le large.
Cette humanité qu’a mûrie la femme dans la douleur et dans l’humiliation verra le jour quand la femme aura fait tomber les chaînes de sa condition sociale. Et les hommes qui ne sentent pas venir ce jour seront surpris et vaincus.
Il sera cet amour que nous préparons, en luttant durement : deux solitudes se protégeant, se complétant, se limitant, et s’inclinant l’une devant l’autre.
Nous devons accepter notre existence aussi complètement qu’il est possible. Tout, même l’inconcevable, doit y devenir possible. Au fond, le seul courage qui nous est demandé est de faire face à l’étrange, au merveilleux, à l’inexplicable que nous rencontrons.
Et pourtant, nous voilà transformés comme une demeure par la présence d’un hôte.
Plus nous sommes silencieux, patients et recueillis dans nos tristesses, plus l’inconnu pénètre efficacement en nous.
Un jour viendra où ce destructeur sera devenu l’un de vos meilleurs artisans, – le plus intelligent peut-être de ceux qui travaillent à la construction de votre vie.
Car, en vérité, la grandeur des dieux, elle aussi, tient à leur dénuement : à ceci que quel que soit l’abri qu’on leur réserve, ils ne sont nulle part en sûreté sauf dans notre cœur.
C’est l’instant qui dispose dans la balance, dont un plateau porte son cœur surchargé de responsabilités, pour un équilibre d’une sublime sérénité : la grande Poésie.
Rainer Maria Rilke