Un jour une fatigue insupportable prend possession de nos corps et de nos pensées. Ce n'est pas une maladie, et cela n'a rien à voir avec l'âge, les voyages, un chagrin, c'est une inaptitude soudaine à espérer. Comme si, soudain, le monde n'était plus la fabuleuse devanture devant laquelle il y avait eu un plaisir extrême à flâner et à désirer. Cette fatigue n'est pas une fatigue, c'est un ennui, une mélancolie sans cause, indéfinissable, provoquée par rien. Comme si le cerveau et les rêves avaient perdu la suite du programme, ou étaient définitivement parvenus à la fin de celui-ci.
Mais les mots abîment, vous savez. Les insultes, les injures, le sarcasme, la critique, le reproche sont des empreintes. Ineffaçables. Et ce regard qui juge, qui cherche le point faible. Et puis les menaces. Cela laisse des traces, vous savez. C'est difficile ensuite d'avoir confiance. De s'aimer soi-même.
" Je pense que l'une des choses les difficiles à affronter au fil des années, avec la maturité, est d'apprendre à vivre en se rendant compte et avec le fait qu'il y a tant de douleur et de beauté dans ce monde, l'une à côté de l'autre".
" Il faut des moments de calme pour observer sa vie ouvertement et honnêtement. Passer ces moments donne à l'esprit l'opportunité de se renouveler et de créer de l'ordre."
Des rêves ! toujours des rêves ! et plus l’âme est ambitieuse et délicate, plus les rêves l’éloignent du possible. Chaque homme porte en lui sa dose d’opium naturel, incessamment sécrétée et renouvelée, et, de la naissance à la mort, combien comptons-nous d’heures remplies par la jouissance positive, par l’action réussie et décidée ? Vivrons-nous jamais, passerons-nous jamais dans ce tableau qu’a peint mon esprit, ce tableau qui te ressemble.