" Je pense qu'il arrive un jour, un moment où on doit cesser
d'attendre et se mettre en route.
Il nous faut rompre avec cette habitude d'attendre après les autres, après le "bon" moment. Nous arrivons tous, tôt ou tard, à un moment où nous avons assez attendu bien plus que nécessaire. Assez attendu pour commencer à prendre soin de soi, assez attendu pour dire "je t'aime", assez attendu pour se l'entendre dire, assez attendu pour vivre bien, pour être bien dans sa peau, pour être heureux. Il n'y a qu'une seule manière d'arriver à tout cela, c'est de commencer à l'instant à faire un pas de plus. Demain, n'existe pas. Il n'y a que "maintenant" qui puisse faire une différence dans notre vie".
Il est très difficile, curieusement, de se rappeler les paroles d’amis disparus ; c’est qu’on ne fait pas trop attention quand ils sont présents. Je me souviens du sourire de Camus et de la gravité de son visage – les deux expressions se succédaient parfois en quelques secondes – bien mieux que de sa conversation. Je n’ai jamais fait grand cas des paroles, de toute façon. Mais maintenant que sa voix s’est tue, les mots ne me font que mieux sentir à quel point elle me manque. Il me semble toutefois me rappeler qu’il disait… non en fait, rien de bien important. Juste qu’il est des vérités qui valent qu’on meure pour elles, mais aucune qui vaille qu’on tue en leur nom. C’est alors qu’il écrivit La Peste.
Extrait d'une préface de l’édition américaine de la Peste de Romain Gary.