Pour moi qui ne change jamais, rien n'est plus beau que ces instants où, à la différence du grand jour ou de la nuit déjà close, quelque chose enfin, quelque chose déjà, est en train de changer. Comme c'est plaisant, ces matins où la journée s'annonce, où elle est contenue toute entière !
"Certains jours, on est comme avachi sur le bord de la route. Ces jours-là n’importe qui peut casser notre tige ou briser nos pétales. À d’autres moments, nous sommes de grands arbres majestueux et il faut se donner du mal pour nous escalader. Tout ça sans aucune garantie. D’ailleurs, une fois en haut, certains sont mécontents de la vue.
Parfois, on est réellement plein de soi qu’on arrive à rien voir d’autre.
Pour jouir vraiment d’un paysage, il faut savoir s’oublier un peu, se poser quelque part et laisser de la place à l’autre."
Le monde est terrible, ces temps-ci. Beaucoup y trouvent juste de quoi survivre et il faudra bien qu'un jour les puissants payent pour ce qu'ils font aux faibles. Une vengeance ? Non, surtout pas de vengeance. Plutôt la joie convalescente d'une vie où plus personne ne sera considéré en fonction de sa place dans la société. Regard devant regard. Parole devant parole. Et c'est tout. Et rien d'autre. Et comme les puissants ne lâcheront jamais rien, il faudra le leur prendre. Leur prendre quoi, leur argent ? Non, l'argent signe leur maladie. L'argent est leur maladie. Il faudra leur arracher ce dont ils sont le plus avares : un regard délivré de tout mépris. Un regard humain, simplement. Ce "simplement" est complexe. C'est à cela que je pense aujourd'hui devant la page où je m'apprête à noter de petites choses - un ciel bleu pâle avec des restes de gris, des arbres roux, des lumières à foison, un léger vent doux. Mais les petites choses ne sont peut-être pas si petites.