Je n’ai jamais pu comprendre que l’on puisse faire un article sur les enfants qui meurent de faim et que, sur la page d’en face, on vous aligne des top modèles dans des voitures de luxe en vous vantant les mérites de stupides chiffons importables dont le prix représente six mille ans de salaire pour les petits bouts de chou qui sont peut-être morts depuis que l’article a paru. Qui sommes-nous pour accepter ça?
L’essentiel, chacun sur nos chemins solitaires, est de croiser d’autres perdus de la vie et de se réchauffer quelques instants les uns contre les autres. En cinq minutes avec Vanessa, j’en ai appris plus que pendant des années en lisant les conseils psy dans les magazines.
Lorsque tout ce qui compte vous échappe, vous n’avez plus envie de rien. Se détacher de tout constitue peut-être la seule voie vers la liberté. L’absence d’intérêt personnel vous épargne les partis pris. Puisque plus rien n’a d’importance, vous ne faites jamais semblant et vous osez réagir à ce que le monde tente de vous imposer. Comme un prisonnier qu’aucune grâce ne viendra sauver et qui peut se permettre de hurler la vérité.
Par quelle malédiction les mécréants ont-ils asservi l’intelligence au commerce plutôt qu’à la progression et à la survie de notre espèce ? Pourquoi les rêves ont-ils été confisqués au service de pitoyables intérêts ?
En grandissant, on apprend à faire semblant, on joue le jeu de la vie, on étouffe son instinct et on cède aux convenances. Si tu y réfléchis un peu, c’est fou le nombre de choses que l’on fait sans y croire, pour faire comme les autres, pour être comme il faut. Quand tu retires le superficiel, il ne reste plus grand chose.
Renoncer à une épreuve pour laquelle tu n’es pas faite n’est pas de la lâcheté, c’est de la sagesse. N’aie jamais honte d’éviter un obstacle qui te détruirait.