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Je suis arrivé ici voilà quelque temps, sortant d'une situation fâcheuse et froide, sans foi ni confiance en rien, malade jusqu'au tréfonds et dépourvu de toute assurance. Ennemi du monde et de moi-même, étranger désormais à l'un tout comme à l'autre. La défiance et l'angoisse escortaient tous mes pas. Petit à petit, je me suis alors défait de cette triste et vile prévention résultant de multiples contraintes, je me remis à respirer avec plus d'aisance, de calme et de liberté, et je redevins progressivement un être plus chaleureux, plus beau, et plus heureux. Je vis s'évanouir toutes sortes de craintes ; le manque d'espérance, et toute l'inquiétude que j'avais eu à traîner derrière moi, je les vis peu à peu se muer en un contentement serein et en une sympathie vive et plaisante, que je réappris à éprouver.
Robert Walser - La promenade
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Le présent est une prison sans barreaux, un filet invisible, sans odeur et sans masse, qui nous enveloppe de partout. Il n'a ni apparence ni existence, et nous n'en sortons jamais. Aucun corps, jamais, n'a vécu ailleurs que dans le présent, aucun esprit, jamais, n'a rien pensé qu'au présent. C'est dans le présent que nous nous souvenons du passé, c'est dans le présent que nous nous projetons dans l'avenir. Le présent change tout le temps et il ne cesse jamais d'être là. Et nous en sommes prisonniers.
Jean d'Ormesson





