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Dialogue Nounoursien
Tu as vu, Nounours, Dame Automne a invité Dame Pluie et les Gentilshommes des Vents. Le ciel a pris ombrage de voir qu’elle était plus écoutée que lui. Il a mis sa couverture de nuage gris.
Ça ne t’a pas dérangé, cette nuit, le bruit des aiguilles qui ont reculé. Je suis certaine que la petite excitée de trotteuse a houspillé les deux autres. Je l’imagine « Plus vite, plus vite, il n’y a pas une seconde à perdre ! Marche arrière toute ! Vous êtes en retard ! Plus vite ! ».
La grande lui a répondu « Ça va, y’a pas l’feu au lac ! Les humains sont fous de vouloir nous faire avancer en reculant. Ils auront beau faire, je continuerai à marquer les soixante minutes de l’heure. Qu’est-ce que t’en pense Miss Heure ? »
« Je suis toute chamboulée. A trois, il faut être à deux et repasser par le trois pour arriver à quatre. Tout ça, en silence pour ne pas les déranger et demain, on aura la sérénade "Pff ! j’ai faim, c’est vrai qu’hier il était…" ou "Pff ! Il fait déjà nuit, je n’aime pas le changement d’heure" est-ce qu’on nous demande notre avis à nous les professionnels du temps ! »
Tu vois, Nounours, je suis certaine que les pendules n’aiment pas le changement d’heure. Leur petit cœur mécanique doit souffrir de voir que les humains veulent contrôler le temps à leur place.
Tu as raison, Nounours, les humains vivent dans l’instant de leurs émotions et l’instant d’après, ils ont oublié et tout recommence une émotion chasse l’autre et tant pis si…
Ne rigole pas Nounours, les non-dits sont ici des points de suspension. A quoi bon dire ce que j’ai sur le cœur, tu le sais déjà. Toi comme moi, nous n’avons plus la solution. Juste un goût amer de rendez-vous raté.
Tu vois, quand j’ai compris que de courir aussi vite, voire plus vite, que les autres pour « faire » n’était qu’un leurre et que sur le chemin j’avais oublié d’être, j’ai arrêté. D’abord, il y a eu un grand soulagement puis la peur a pris la place et j’en ai fait un rempart plus grand encore que celui que j’avais construit avec tous mes « faire ». Je croyais, naïve que je suis, que l’écriture était le vrai chemin. J’avais oublié que l’écriture… A quoi bon !
Regarde, Nounours, toute la place que j’ai faite dans mes tiroirs. Je peux ranger mes mots au chaud. Non, Nounours, je ne suis pas triste. Je suis comme les arbres, je perds une à une mes illusions quand Dame Automne fait souffler le vent de la réalité.
Tu sais ce que dirait papa Écureuil ? Un vrai temps de Toussaint ! Il aurait bien raison. Ce temps-là, on ne l’oublie pas. C’est Dame Automne qui prépare le jardin à l’arrivée du Général Hiver.
Nounours, tu viens, je vais me préparer un deuxième thé au parfum d’enfance.
Kristine Lillouarn





