Eau Froide & Eau Chaude
Il faut être réaliste et conscient
Au Revoir Mr Guy Bedos
“Je ne suis pas un intellectuel: Je suis incapable
De sous-titrer mes émotions.”
Guy Bedos

Guy Bedos avait 85 ans. Il est mort ce jeudi,
et c’est son fils Nicolas qui l’a annoncé.
Né à Alger, élevé par la scène, révélé par l’humour dans les années 70, avec sa femme Sophie Daumier, il devient une star en solo avec des one-man-shows très politiques et ses célèbres revues de presse qui égratignent la droite au pouvoir. Il va devenir inoubliable au cinéma ("Un éléphant ça trompe énormément", "Nous irons tous au paradis").
Son humour corrosif va s’adoucir avec l’âge et l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Mais il restera attaché à ses valeurs, prenant la défense de Cesare Battisti, Yvan Colonna et soutenant l’association le Droit au logement.
Bedos était inséparable de Jean-Loup Dabadie, décédé dimanche.
PS: qui souhaitera désormais la fête à Paulette ?
Il était de mauvaise foi, drôle et de gauche. Viscéralement de gauche. Ce qu’il aimait par dessus tout, c’était taper, fort, très fort sur les politiques. D’autant plus fort lorsqu’ils se déplaçaient vers la droite de l’échiquier politique.
Nous pleurons tous le personnage de Simon dans Un éléphant ça trompe énormément ! Il est parti rejoindre Jean Rochefort tout là haut et Victor Lanoux
C'est la fin d'une certaine époque du cinéma et c'est bien triste.
Mais nous avons perdu notre plus grand défenseur de la liberté d’expression
Une pensée affectueuse pour ses enfants qui ont hérité de son génie

Sublime lettre d’un fils à son père : Papa,
Une dernière nuit près de toi. Des bougies, un peu de whisky, ta main si fine et féminine qui sert la mienne jusqu’au p’tit jour du dernier jour. Ton regard enfantin qui désarme un peu plus le gamin que j’redeviens. Au-dessus de ton lit, un bordel de photos, de Jean-Loup Dabadie à Gisèle Halimi, de Desproges à Camus en passant par Guitry. Ça ne votait pas pareil, ça ne priait pas les mêmes fantômes, mais vous marchiez groupés dans le sens de l’humour et de l’amour.
Au bout de tes jambes qui ne marchent plus, tes chats – sereins, comme des gardiens. Sur la table de nuit, un fond de verre de Coca, ultime lien entre ce monde et toi, quelques gorgées de force qui te permettent, du fin fond de ta faiblesse, de nous lancer des gestes d’une élégance et d’une tendresse insolentes. Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien aimée, à la fenêtre sur l’Île Saint Louis, au soleil que tu fuis. Des gestes silencieux qui font un boucan merveilleux dans nos yeux malheureux. Tu auras mélangé les vacheries et l’amour jusqu’au baisser de rideau. Les « foutez l’camp » et les « je t’aime ». Caresses et gifles, jusqu’au bout. Incorrigible Cabotin, tu avais bien prévu ton coup : dans ton dernier morceau d’ mémoire, tu avais mis des « vous êtes beaux, je suis heureux, j’ai de la chance. C’est ta mère, là, devant moi ? C’est ma femme ? Oh Tant mieux ! ».
On va t’emmener, maintenant, dans ton costume de scène. Celui des sketches et des revues de presse, des télés et des radios, celui qui arpenta la France, en long en large et en travers de la gorge de certains maires. J’ai dénoué ta cravate noire. On va t’emmener où tu voulais, c’est toi qui dicte le programme, c’est toi qui conduit sans permis. D’abord à l’église Saint Germain, tu n’étais pas très pote avec les religions, mais les églises, ça t’emballait. Tu disais « Faudrait qu’on puisse les louer pour des spectacles de music-hall, des projections de films, des concerts de poésies ». Il y aura des athées, plein d’arabes et plein de juifs. Ça aurait consterné ta mère, tu aurais bien aimé que ta mère soit fâchée. Puis on t’envole en Corse, dans ce village qui te rendait un peu ta Méditerranée d’Alger. On va chanter avec Izia et les Tao, du Higelin, du Trenet, du Dabadie et Nougaro. On va t’faire des violons, du mélodrame a capella : faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien. Faut se lâcher sur les bravos et occuper chaque strapontin. C’est leur magot, c’est ton butin. D’autant que je sens que tu n’es pas loin... Tu n’es pas mort : tu dors enfin.
Nicolas Bedos






