"Le seul moyen de retenir le temps est de s'abandonner à la beauté du monde, d'embrasser chaque instant avec une intensité rare. C'est en plongeant au cœur de l'instant, en laissant le vent caresser la peau, en laissant les parfums des tropiques enivrer l'esprit, qu'on parvient à capturer l'essence de la vie Et elle, avec son regard d'ambre et son sourire effleuré par le mystère, semble incarné.
« Ils suivaient un de ces petits chemins verts qu’on appelle, en langage villageois, traînes ; chemin si étroit que l’étroite voiture touchait de chaque côté les branches des arbres qui le bordaient, et qu’Athénaïs put se cueillir un gros bouquet d’aubépine en passant son bras, couvert d’un gant blanc, par la lucarne latérale de la carriole. Rien ne saurait exprimer la fraîcheur et la grâce de ces petites allées sinueuses qui s’en vont serpentant capricieusement sous leurs perpétuels berceaux de feuillage, découvrant à chaque détour une nouvelle profondeur toujours plus mystérieuse et plus verte. Quand le soleil de midi embrase, jusqu’à la tige, l’herbe profonde et serrée des prairies, quand les insectes bruissent avec force et que la caille glousse avec amour dans les sillons, la fraîcheur et le silence semblent se réfugier dans les traînes. Vous y pouvez marcher une heure sans entendre d’autre bruit que le vol d’un merle effarouché à votre approche, ou le saut d’une petite grenouille verte et brillante comme une émeraude, qui dormait dans son hamac de joncs entrelacés. Ce fossé lui-même renferme tout un monde d’habitants, toute une forêt de végétations ».
George Sand, extrait du roman Valentine, chapitre III,