La "persona" est le masque social que tout homme porte de façon plus ou moins intense. Elle est ce que quelqu'un n'est pas, mais ce qu'il veut paraître. Souvent, les êtres qui ont décidé de se cacher derrière cette image d'eux-mêmes sont très susceptibles, car il suffit d'un rien pour qu'ils soient confrontés avec un aspect de leur caractère réel dont ils refusent de prendre conscience. Les charges ou les titres qu'ils portent parfois sont des compensations faciles à leurs insuffisances personnelles. Ce n'est pas sans dégât que l'homme peut s'aliéner dans une personnalité artificielle. Quand la "persona" est trop avantageuse, la personne souffre d'une émotivité maladive. La persona ressemble au masque de l'acteur que l'individu prend pour cacher son vrai visage.
Certains livres ont été si importants dans mon existence ; je veux dire qu'ils étaient là dans les moments où la vie s'accélérait et prenait un tournant. Ils y ont joué un rôle déterminant. J'ai même cru entendre des voix fraternelles se lever des pages de Stendhal ou Conrad ou Proust et j'ai pris des décisions en tenant compte de ce qu'ils disaient. Elles sont responsables de beaucoup de choses, elles m'ont aidée à choisir, souvent à partir. Il ne s'agit pas de culture littéraire, je ne saurais pas transmettre à des proches ou à des étudiants. Ce n'est pas un savoir à enseigner. C'est autre chose ; des liens presque familiaux. Disons que j'ai confiance dans les textes des auteurs que j'aime. Alors, quand je trouve quelque chose qui me correspond, j'approfondis pendant des années. Je creuse pour mieux comprendre, mieux en saisir le sens et la beauté. Je lis et je relis, souligne rarement.
Cette confiance se teinte d'étonnement et de gratitude quand, non seulement le texte s'adapte à ma situation, mais en plus il réussit à l'éclairer.