" Pourtant, la vie est supportable, la vie a de bons moments. Lundi est escorté par mardi, puis mercredi leur succède. L'esprit s'élargit d'année en année comme le tronc d'un chêne, le sentiment du moi se fortifie, la douleur même se fond dans la sensation de cette continuelle croissance. Les soupapes de l'esprit s'ouvrent et se ferment sans cesse avec une précision musicale de plus en plus parfaite, la hâte fébrile de la jeunesse trouve son emploi, et tout l'être semble manœuvrer avec la perfection d'un mécanisme d'horloge. Avec quelle rapidité le flot nous porte de janvier à décembre. Nous sommes entraînés par le torrent des choses; et ses causes nous sont devenues si familières que nous n'apercevons pas leur ombre. Nous flottons sur la surface du fleuve".
" Et puis, quand plusieurs routes s’offriront à toi et que tu se sauras pas laquelle choisir, n’en prends pas une au hasard, mais assieds-toi et attends. Respire profondément, avec confiance, comme le jour où tu es venue au monde, sans te laisser distraire par rien, attends encore et encore. Ne bouge pas, tais-toi et écoute ton cœur. Puis, quand il te parlera, lève-toi et va où il te porte".
“Je ne crois pas aux sentiments parfaits ni aux vies absolues. Deux êtres qui s'aiment ont à conquérir leur amour, à construire leur vie et leur sentiment, et cela non seulement contre les circonstances mais aussi contre toutes ces choses en eux qui limitent, mutilent, gênent ou pèsent sur eux. Un amour, Maria, ça ne se conquiert pas sur le monde mais sur soi-même. Et tu sais bien, toi dont le cœur est si merveilleux, que nous sommes nos plus terribles ennemis.”
- Lettre d'Albert Camus le 21 juillet 1944 à Maria Casarès