L’immensité est si vivement enclose en notre finitude, ses houles y sont si fortes, et si lancinants les chants montés de ses confins, qu’il nous faut bien, vaille que vaille, lui faire en nous une place, lui accorder quelque attention. Cette immensité qui gémit sous le poids de notre paresse d’esprit, de notre avarice de cœur, qui mugit à l’étroit dans notre finitude, est peut-être un appel vers plus qu’elle-même encore, une invitation pour des dérives à l’infini, du côté de l’éternité, par-delà les ténèbres. Il se peut. Quoi qu’il en soit viendra un jour où cette immensité brisera en nous ses amarres et nous emportera. Peu importe la destination, Dieu ou néant ; c’en est assez que les amarres soient vouées à se rompre.
Les bouquinistes déposent leurs boîtes sur le parapet. Ces braves marchands d’esprit, qui vivent sans cesse dehors, la blouse au vent, sont si bien travaillés par l’air, les pluies, les gelées, les neiges, les brouillards et le grand soleil, qu’ils finissent par ressembler aux vieilles statues des cathédrales. Ils sont tous mes amis et je ne passe guère devant leurs boîtes sans en tirer quelque bouquin qui me manquait jusque-là, sans que j’en eusse le moindre soupçon.