Dans la vie de tous les jours on reconnait un être bon à ce qu'il aime l'incognito, à son goût de la discrétion, voire de l'effacement. Il ne déballe jamais son curriculum vitae, ses diplômes ni ses prouesses. Il a à peine de biographie et se désintéresse de l'évènementiel. Mais il veille sur la neige, le vent, les taupinières, le duvet des peupliers, les étoiles, les enfants, le silence, bref, sur tout ce qui est vivant.
Je vais te dire. Allan est persuadé que chaque être humain patauge dans sa boue originelle, que rien ne peut l’en tirer, et surtout pas les gestes vagues et les mots incompréhensibles qu’il s’évertue à faire ou à prononcer chaque jour. En ce sens, il est lui-même irréductible, incommunicable.
- Et toi ?
Elle s’appuya au mur, subitement détendue, parlant si bas qu’il dut se pencher pour l’entendre : Moi, je ne crois pas à cette nullité. Cette sorte de pathétique m’assomme. Personne n’est noyé. Je crois que chaque homme dessine sa vie à grands gestes volontaires, d’une manière éclatante et définitive. Je ne suis pas sensible à la grisaille. Je vois des sentiments lyriques partout, qu’ils s’appellent l’ennui, l’amour, le cafard ou la paresse. Bref, je ne crois pas que nous soyons des numéros. Mais plutôt des animaux vivants, des animaux lyriques. Les merveilleux nuages