Publié depuis Eklablog

On obtient les choses quand on ne les désire plus.
Pour consoler le jeune homme à qui arrive un malheur, on lui dit : « Sois fort, prends cela avec courage ; tu seras cuirassé pour l’avenir. Cela arrive une fois à tout le monde, etc. » Personne ne pense à lui dire ce qui est par contre vrai : ce même malheur t’arrivera deux, quatre, dix fois – il t’arrivera toujours parce que, si tu es ainsi fait que tu luis as tendu le flanc maintenant, la même chose devra t’arriver dans l’avenir.
Typologie des femmes : celles qui exploitent et celles qui se laissent exploiter. Typologie des hommes : ceux qui aiment le premier type et ceux qui aiment le second.
Les premières sont mielleuses, urbaines, des dames.
Les secondes sont âpres, mal élevées, incapables de se dominer. (Ce qui rend grossier et violent, c’est la soif de tendresse.)
Ces deux types confirment l’un et l’autre l’impossibilité de communion humaine. Il y a des serviteurs et des maîtres, il n’y a pas d’égaux.
La seule règle héroïque : être seul, seul seul.
Lorsque tu passeras une journée sans présupposer ni impliquer dans aucun de tes gestes ou de tes pensées la présence d’autrui, tu pourras te dire héroïque.
Ou autrement être le Christ – c’est-à-dire s’annihiler. Mais tu l’as dit hier – personne ne renonce à ce qu’il connaît – et toi, tu connais trop de choses.
Le métier de vivre de Cesare Pavese.

