Certaines grandes blondes incandescentes s'élancent bras ouverts au-devant du monde. Elles parlent vivement, rient légèrement, pensent vite et boivent sec. Elles regardent fièrement le monde, elles lui adressent des sourires terribles et généreux. Parfois le monde se trouble à leur vue, parfois il est intimidé par cette façon sûre, certaine et décolleté de s'élancer vers lui, vers vous, bras grands ouverts en direction des vôtres. Gaieté, redoutable gaieté de ces grandes blondes solaires.
Il n’est pas rare que cette frénésie sexuelle recouvre une forte carence affective. « C’est le seul moment où j’oublie tout », confie Suzanne, l’héroïne d’À nos amours (Maurice Pialat, 1983). D’homme en homme, elle conjure la douleur d’être délaissée par ses parents. Derrière la provocation : « baisez-moi ! », on entend la criante détresse infantile : « aimez-moi ! ».
Fallait bien quelque chose de nouveau, quelque révélation subite, pour qu'elle prît cette attitude de défi agressif, cette expression de provocante ironie.
Louis Marie Julien Viaud, dit Pierre Loti Ramuntcho